Le manque de force ne dépend pas uniquement du muscle
Après une rupture de tendon, le sentiment de faiblesse est très fréquent, même lorsque la douleur diminue et que le mouvement redevient possible. Cette situation peut surprendre, mais elle correspond à une évolution attendue. La force ne dépend pas uniquement de la capacité du muscle à se contracter : elle repose sur l’ensemble du système musculo-tendineux et sur la manière dont le mouvement est contrôlé.
La période de protection qui suit la rupture entraîne presque toujours une diminution de l’activité du segment concerné. Même sur quelques semaines, cette baisse de sollicitation suffit à réduire la capacité musculaire. Le muscle perd alors en force et en endurance, ce qui rend certains gestes plus difficiles qu’avant, sans que cela traduise un problème anormal de récupération.
À cela s’ajoute le rôle du tendon lui-même. Le tendon est chargé de transmettre la force produite par le muscle vers l’os. Après une rupture, même lorsque la cicatrisation progresse correctement, ses propriétés mécaniques restent transitoirement modifiées. La transmission de la force est alors moins efficace, ce qui peut donner l’impression que le muscle « ne répond pas », alors que la contraction est bien présente.
Le système nerveux et la coordination influencent fortement la force ressentie
Après une rupture tendineuse, le système nerveux adapte le fonctionnement du mouvement. Cette adaptation est protectrice : elle limite l’activation de certains muscles afin de ne pas exposer le tendon à des contraintes excessives trop tôt. Cette inhibition neuromusculaire peut persister alors même que la cicatrisation est avancée.
Dans ce contexte, produire de la force devient plus complexe. La force utile ne dépend pas d’un muscle isolé, mais de la coordination entre plusieurs groupes musculaires, du contrôle neuromoteur et de la proprioception. Lorsque ces éléments sont altérés, la force fonctionnelle diminue, même si la force “brute” semble correcte sur un mouvement simple.
Deux phénomènes sont souvent observés :
- une activation musculaire incomplète ou retardée,
- des compensations par d’autres muscles, moins efficaces pour le geste demandé,
- une fatigabilité rapide lors des efforts répétés,
- une difficulté à stabiliser le mouvement sous contrainte,
- une perte de précision dans les gestes du quotidien.
Le ressenti de faiblesse est alors davantage lié à la qualité du contrôle du mouvement qu’à un déficit musculaire isolé.
La récupération de la force suit une temporalité spécifique
La récupération de la force est généralement plus lente que celle de la mobilité. Un tendon peut permettre de bouger sans douleur avant d’être capable de transmettre des forces élevées ou répétées. Cette dissociation est normale et explique pourquoi certaines activités restent difficiles alors que les mouvements simples sont possibles.
La rééducation vise à reconstruire progressivement cette capacité à produire et transmettre de la force.
Elle associe :
- une réactivation musculaire ciblée pour lever l’inhibition,
- un travail progressif de renforcement adapté à la cicatrisation du tendon,
- une amélioration du contrôle neuromoteur et de la proprioception,
- une augmentation graduelle de la tolérance à la charge et à la répétition.
Avec le temps, la force revient d’abord sur des efforts courts et contrôlés, puis sur des efforts plus prolongés. Cette progression permet de retrouver une force réellement utilisable dans la vie quotidienne, puis dans des activités plus exigeantes, sans précipiter les étapes.
Ai-je bien compris?
Après une rupture de tendon, le manque de force est une évolution normale. Il s’explique par la diminution d’activité initiale, une transmission de force temporairement moins efficace du tendon, et une inhibition du système nerveux. La force dépend aussi de la coordination et du contrôle du mouvement, pas seulement du muscle. Il est courant de récupérer la mobilité avant la force réelle. La rééducation permet de restaurer progressivement l’activation musculaire, la coordination et la tolérance à la charge, pour retrouver une force fonctionnelle durable.
Article proposé par l’équipe des kinés du cabinet Kiné Sport Versailles, 24 rue des Réservoirs, à Versailles.
Articles en lien

Rééducation des ruptures tendineuses en kinésithérapie
Rééducation des ruptures tendineuses en kinésithérapie.





