Après une blessure traumatique, la persistance de la douleur soulève souvent une question centrale : faut-il attendre que toute douleur disparaisse avant de bouger, ou est-il possible de se mobiliser malgré elle ? En kinésithérapie, cette question ne se résume pas à une règle unique. La douleur n’est ni un reflet direct et constant de l’état des tissus, ni un signal à ignorer systématiquement. Elle doit être comprise comme une information parmi d’autres, intégrée dans une analyse plus globale.
La douleur comme signal protecteur, mais imparfait
La douleur qui apparaît après une blessure correspond avant tout à une réponse protectrice de l’organisme. Elle signale qu’une contrainte inhabituelle a été appliquée aux tissus et incite à limiter certaines sollicitations. Dans les premiers temps, ce rôle est utile, car il contribue à éviter une aggravation immédiate.
Cependant, il existe fréquemment un décalage entre la douleur ressentie et l’état réel de récupération des tissus. La douleur peut persister alors que la cicatrisation progresse, ou au contraire diminuer alors que les structures ne sont pas encore pleinement adaptées aux contraintes. Cette dissociation explique pourquoi la douleur ne peut pas être utilisée comme seul critère pour décider de l’arrêt ou de la reprise du mouvement.
Après une blessure, on observe souvent :
- une persistance de la douleur malgré une évolution tissulaire favorable,
- une variabilité des sensations selon le contexte ou le type de mouvement,
- une influence de l’appréhension sur l’intensité ressentie,
- un lien imparfait entre douleur et danger réel.
Bouger sans forcer : une adaptation nécessaire
Bouger malgré la douleur ne signifie ni ignorer les signaux du corps ni forcer à tout prix. Il s’agit plutôt d’adapter les contraintes pour maintenir une activité compatible avec la tolérance du moment. Une absence prolongée de mouvement peut entraîner des conséquences secondaires, comme une raideur articulaire, une diminution de la force musculaire ou une altération de la coordination. Ces adaptations peuvent rendre la reprise plus difficile à long terme.
Dans un contexte de rééducation, le mouvement est donc ajusté. Les gestes sont souvent plus lents, plus contrôlés, avec des amplitudes, des charges ou des durées adaptées. Cette progressivité permet de solliciter les tissus et le système nerveux sans provoquer de surcharge inutile.
Plusieurs repères sont utilisés pour guider cette reprise :
- la réaction de la douleur pendant et après le mouvement,
- l’évolution des capacités fonctionnelles dans le temps,
- la récupération entre les séances ou les activités,
- la stabilité ou l’aggravation des limitations.
La décision de bouger repose ainsi sur une observation continue et non sur la douleur isolée.
Il est également important de replacer cette question dans le contexte de la vie quotidienne. Éviter systématiquement le mouvement par crainte de la douleur peut renforcer l’appréhension et entretenir une perte de confiance corporelle. À l’inverse, réintroduire progressivement les gestes usuels permet souvent de redonner au corps des repères fonctionnels et de diminuer la peur associée à certaines sollicitations.
Bouger malgré la douleur s’inscrit donc dans une logique d’adaptation, où la douleur est prise en compte sans devenir un frein systématique à l’action.
Ai-je bien compris?
Après une blessure, la douleur est un signal protecteur mais imparfait. Elle ne reflète pas toujours l’état réel des tissus. Il existe souvent un décalage entre douleur et récupération. Une absence prolongée de mouvement peut entraîner raideur, perte de force et altération du contrôle. Bouger de manière adaptée peut participer à la récupération. La décision repose sur l’évolution globale des capacités, et non sur la douleur isolée.
Article proposé par l’équipe des kinés du cabinet Kiné Sport Versailles, 24 rue des Réservoirs, à Versailles.
Articles en lien

Rééducation en traumatologie
Fracture, entorse, rupture tendineuse ou lésion musculaire ? Découvrez les étapes clés de la rééducation en traumatologie





