La stabilité de la cheville repose sur plusieurs systèmes complémentaires
La cheville n’est pas stabilisée par un seul élément. Sa tenue dépend d’un ensemble de mécanismes qui interagissent en permanence. Lorsqu’une entorse survient, certaines de ces composantes peuvent être modifiées. Même si la douleur disparaît et que la marche redevient confortable, la stabilité globale peut ne pas être strictement identique à celle d’avant.
On distingue classiquement trois dimensions de la stabilité :
- La stabilité passive : assurée par les ligaments et la capsule articulaire, qui limitent certains mouvements excessifs et participent au guidage des surfaces articulaires.
- La stabilité active : assurée par les muscles et leurs tendons, qui génèrent une tension dynamique pour contrôler la position de l’articulation.
- La stabilité sensorimotrice : fondée sur la proprioception (capacité à percevoir la position et le mouvement d’une articulation sans la regarder) et sur le contrôle neuromoteur (ajustements automatiques entre le système nerveux et les muscles).
Ces systèmes fonctionnent ensemble. Lorsqu’un appui commence à dévier vers l’intérieur, des informations sensorielles sont transmises au système nerveux, qui adapte en retour la contraction musculaire pour limiter l’amplitude du mouvement. Si l’un de ces maillons est moins performant, la correction peut être moins efficace.
Une entorse peut modifier durablement l’équilibre entre ces mécanismes
Une entorse latérale de cheville correspond le plus souvent à une atteinte des ligaments situés sur le côté externe. La cicatrisation permet généralement une récupération fonctionnelle satisfaisante. Toutefois, selon la gravité initiale, la qualité du tissu cicatriciel et les contraintes subies lors de la reprise d’activité, certaines propriétés mécaniques peuvent être modifiées.
Une laxité résiduelle est possible. Elle n’est ni systématique ni constante chez tous les patients. Dans certains cas, le ligament cicatrisé présente une raideur ou une tension légèrement différentes de l’état initial. Cette modification peut diminuer la capacité passive à limiter certains mouvements extrêmes. Cela ne signifie pas nécessairement une instabilité sévère, mais peut contribuer à une moindre tolérance aux variations d’appui.
Par ailleurs, des travaux décrivent, dans certaines formes d’instabilité chronique de cheville, des altérations de la fonction sensorimotrice. Des modifications de la sensibilité articulaire et de l’intégration neuromusculaire ont été rapportées après entorse. Cela peut se traduire par une perception moins précise de la position de la cheville ou par des ajustements musculaires moins bien synchronisés.
Il ne s’agit pas d’un mécanisme unique ni universel. Les résultats varient selon les populations étudiées et les méthodes d’évaluation. Toutefois, chez certains patients, un léger décalage ou une moindre efficacité de la réponse musculaire peut laisser la cheville atteindre une amplitude plus importante avant que la correction ne s’installe.
Instabilité mécanique et instabilité fonctionnelle : deux cadres explicatifs
On distingue deux formes d’instabilité pouvant expliquer les récidives :
- L’instabilité mécanique : liée principalement à une laxité ligamentaire, avec une limitation passive moins efficace de certains mouvements.
- L’instabilité fonctionnelle : caractérisée par une sensation de cheville qui “lâche” ou par des récidives, en l’absence de laxité majeure, et associée à des altérations du contrôle neuromusculaire.
Ces deux mécanismes ne s’excluent pas. Une laxité modérée peut augmenter la demande en contrôle dynamique, et un contrôle imparfait peut amplifier l’effet d’une laxité discrète. La récidive d’entorse résulte souvent d’une interaction entre ces facteurs plutôt que d’une seule cause isolée.
Ainsi, lorsqu’une cheville se tord facilement après une première entorse, cela ne traduit pas nécessairement une fragilité irréversible. Cela indique le plus souvent qu’un ou plusieurs éléments du système de stabilisation — passifs, actifs ou sensorimoteurs — ne sont pas redevenus aussi fiables et automatiques qu’avant la blessure.
Ai-je bien compris?
La cheville est stabilisée par les ligaments, les muscles et le contrôle automatique du mouvement. Après une entorse, la cicatrisation peut être satisfaisante, mais certaines propriétés mécaniques ou sensorimotrices peuvent rester modifiées. Une légère laxité peut persister chez certains patients. Dans d’autres cas, c’est surtout le contrôle neuromusculaire qui est moins précis. Ces deux mécanismes peuvent se combiner et expliquer pourquoi la cheville se tord plus facilement. La récidive reflète généralement une stabilité dynamique encore incomplètement restaurée plutôt qu’une simple faiblesse isolée.
Article proposé par l’équipe des kinés du cabinet Kiné Sport Versailles, 24 rue des Réservoirs, à Versailles.
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