Une entorse du coude correspond à une atteinte ligamentaire, le plus souvent au niveau des structures latérales ou médiales qui stabilisent l’articulation. Ces ligaments limitent les mouvements excessifs en varus et en valgus, c’est-à-dire les contraintes latérales qui ouvrent l’articulation vers l’extérieur ou vers l’intérieur. La rééducation ne consiste pas uniquement à faire disparaître la douleur. Elle vise à restaurer une stabilité fonctionnelle permettant au coude de supporter à nouveau les contraintes du quotidien et, si nécessaire, du sport.
Le principe général repose sur une logique simple : protéger au début pour permettre la cicatrisation, puis réintroduire progressivement la mobilité et la charge afin de restaurer la capacité d’adaptation de l’articulation.
Phase initiale : protéger sans figer
Lorsqu’une immobilisation est prescrite médicalement, elle doit être respectée. Elle protège le ligament pendant la phase précoce de cicatrisation et limite les contraintes latérales excessives. Cette protection constitue un élément positif de la récupération. Cependant, une immobilisation prolongée et stricte peut favoriser la raideur articulaire, particulièrement fréquente au niveau du coude.
L’objectif n’est donc pas de bloquer totalement l’articulation plus longtemps que nécessaire, mais d’éviter les mouvements et contraintes délétères tout en maintenant une mobilité douce et contrôlée.
Durant cette phase, la prise en charge vise :
- le contrôle de la douleur
- la protection des contraintes latérales en varus et en valgus
- le maintien d’une mobilité douce en flexion et en extension
- la prévention d’une raideur progressive
La flexion correspond au mouvement qui rapproche l’avant-bras du bras. L’extension est le mouvement inverse. La pronation et la supination, qui correspondent respectivement à la rotation de l’avant-bras paume vers le bas et paume vers le haut, doivent également être progressivement entretenues si elles ne sont pas contre-indiquées.
Cette mobilisation contrôlée précoce favorise la nutrition articulaire et limite l’installation d’adhérences, tout en respectant la cicatrisation ligamentaire.
Phase intermédiaire : restaurer mobilité et contrôle
Une fois la phase initiale dépassée, la priorité devient la récupération complète des amplitudes et la restauration du contrôle musculaire. Un coude mobile mais mal stabilisé reste vulnérable lors des contraintes latérales ou répétées.
La récupération des amplitudes concerne la flexion-extension mais aussi la pronation-supination. Une limitation persistante peut modifier les gestes du quotidien et entraîner des compensations au niveau de l’épaule ou du poignet.
Parallèlement, le travail musculaire progressif est introduit. Les fléchisseurs et les extenseurs du coude participent à la stabilité dynamique. Cette stabilité ne dépend pas uniquement des ligaments. Elle repose sur la capacité des muscles à ajuster en permanence leur tension en fonction des contraintes.
Le contrôle neuromoteur correspond à la coordination entre l’information sensorielle issue de l’articulation et la réponse musculaire adaptée. Les ligaments et la capsule contiennent des capteurs sensibles à l’étirement et à la pression. Après une entorse, la qualité de ces informations peut être transitoirement modifiée. Le travail progressif permet de restaurer une réponse musculaire précise et anticipée.
Durant cette phase, l’objectif est :
- la récupération complète des amplitudes sans douleur significative
- le renforcement progressif des fléchisseurs et extenseurs
- l’amélioration de la stabilisation dynamique
- la tolérance aux mouvements répétés sans réaction excessive
La progression doit rester cohérente avec la réaction de l’articulation, notamment le lendemain des séances.
Phase avancée : réintroduire la charge en chaîne ouverte et fermée
Le coude ne fonctionne pas uniquement en chaîne ouverte, lorsque la main est libre dans l’espace pour porter ou lancer. Il fonctionne également en chaîne fermée, lorsque la main est fixée sur un support et que le corps se déplace au-dessus du membre supérieur.
Se relever d’une chaise en poussant sur les accoudoirs, sortir du lit en prenant appui sur le bras, se redresser après avoir fait ses lacets ou prendre appui au sol pour se relever sollicitent le coude en compression et en stabilisation.
En chaîne fermée, l’articulation doit :
- supporter une charge compressive liée au poids du corps
- contrôler les contraintes latérales sous appui
- ajuster en permanence la tension musculaire face aux micro-déséquilibres
La proprioception joue ici un rôle déterminant. Elle correspond à la perception fine de la position et des variations de tension du coude sans le regarder. Lorsque la main est en appui fixe, les micro-variations d’équilibre nécessitent des ajustements rapides et précis. Si cette coordination est incomplète, la stabilisation peut être légèrement retardée ou mal dosée, ce qui augmente la sollicitation ligamentaire.
La rééducation avancée doit donc intégrer progressivement des exercices d’appui, d’abord partiels, puis plus chargés, tout en surveillant la réaction de l’articulation. La capacité à supporter le poids du corps sans douleur persistante le lendemain constitue alors un repère important.
Ai-je bien compris?
La rééducation d’une entorse du coude repose sur trois étapes. D’abord protéger l’articulation pour permettre la cicatrisation, sans prolonger inutilement l’immobilisation. Ensuite restaurer progressivement la mobilité et le contrôle musculaire pour stabiliser le coude. Enfin réintroduire la charge, en chaîne ouverte et en chaîne fermée, afin que l’articulation puisse supporter les contraintes réelles du quotidien ou du sport. La progression dépend toujours de la tolérance du coude et de l’absence de réaction excessive après l’effort.
Article proposé par l’équipe des kinés du cabinet Kiné Sport Versailles, 24 rue des Réservoirs, à Versailles.
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