Dans la majorité des fractures, l’os suit un processus de réparation progressif. Un tissu provisoire apparaît, puis un cal osseux solide relie les fragments, et l’os retrouve progressivement sa continuité. Lorsque ce mécanisme n’aboutit pas malgré le temps écoulé, on parle de pseudarthrose.
Le terme peut sembler technique. “Pseudo” signifie faux, et “arthrose” renvoie ici à l’idée d’articulation. La pseudarthrose correspond donc à une “fausse articulation” : au lieu d’obtenir un os soudé, les deux extrémités fracturées restent mobiles l’une par rapport à l’autre. Cette mobilité anormale empêche la consolidation définitive.
La question essentielle est donc : pour quelles raisons l’os ne parvient-il pas à se souder ?
Une absence de pont osseux solide
Dans une consolidation normale, les cellules osseuses produisent une matrice qui se minéralise progressivement. Cette matrice constitue le cal osseux. Elle agit comme un pont entre les fragments. Avec le temps, ce pont se renforce et devient un os mature.
Dans la pseudarthrose, ce pont ne se forme pas de manière suffisante ou durable. À la place, un tissu fibreux — plus souple, moins rigide que l’os — peut s’installer entre les fragments. Ce tissu permet une certaine continuité, mais il ne possède pas la solidité nécessaire pour assurer une stabilité complète.
On observe alors :
- une absence d’évolution satisfaisante sur les examens d’imagerie,
- une mobilité persistante au niveau du foyer de fracture,
- une douleur mécanique lors de la mise en charge,
- parfois une impression d’instabilité locale.
Cette situation traduit l’échec du processus de cicatrisation osseuse. Pour comprendre pourquoi, il faut analyser les conditions indispensables à la consolidation.
Des conditions mécaniques ou biologiques insuffisantes
La réparation osseuse repose sur deux piliers essentiels : la stabilité mécanique et la qualité de l’environnement biologique.
Sans stabilité suffisante, les fragments osseux bougent excessivement l’un par rapport à l’autre. Ces micro-mouvements répétés empêchent la formation d’un cal rigide. L’os a besoin d’un certain degré d’immobilité pour que les cellules puissent construire un pont solide. Si les contraintes mécaniques sont trop importantes, la cicatrisation est perturbée.
Les principales causes mécaniques incluent :
- une fixation insuffisamment stable,
- une mobilisation précoce excessive,
- une fracture très fragmentée rendant l’alignement difficile.
L’environnement biologique joue un rôle tout aussi déterminant. Pour qu’un os puisse consolider, il doit recevoir un apport sanguin suffisant. Le sang transporte les cellules réparatrices ainsi que les nutriments indispensables à la formation et à la minéralisation du cal osseux. La vascularisation correspond à l’ensemble des vaisseaux sanguins qui irriguent la zone fracturée. Si cette vascularisation est altérée, la capacité de réparation diminue et la formation d’un pont osseux solide devient plus difficile.
Plusieurs situations peuvent compromettre cet environnement biologique. Une mauvaise vascularisation locale, par exemple après un traumatisme important ou dans certaines zones anatomiques naturellement moins irriguées, peut limiter l’apport cellulaire nécessaire à la cicatrisation. Une infection peut également perturber le processus en créant un environnement inflammatoire défavorable à la formation osseuse. Enfin, certains facteurs généraux comme le tabagisme ou des pathologies métaboliques chroniques peuvent altérer les capacités de régénération de l’os.
Il est important de distinguer la pseudarthrose d’un simple retard de consolidation. Dans un retard, la formation osseuse continue, mais elle progresse plus lentement que la moyenne attendue. Dans la pseudarthrose, au contraire, la progression s’interrompt et la fracture ne se soude pas spontanément.
Le diagnostic repose sur l’examen clinique et sur des examens d’imagerie répétés dans le temps. Cette évaluation permet de déterminer si les conditions mécaniques et biologiques ont été suffisantes pour permettre la formation d’un pont osseux durable.
Ai-je bien compris?
La pseudarthrose correspond à une fracture qui ne consolide pas malgré le temps écoulé. L’os ne parvient pas à former un pont solide entre les fragments, qui restent mobiles. Cette situation survient lorsque les conditions nécessaires à la cicatrisation ne sont pas réunies : soit la stabilité mécanique est insuffisante, soit l’environnement biologique ne permet pas une réparation efficace. Contrairement à un simple retard, la consolidation ne progresse plus normalement.
Article proposé par l’équipe des kinés du cabinet Kiné Sport Versailles, 24 rue des Réservoirs, à Versailles.
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